Maureen Louys - Éducatrice & comportementaliste canin - Waterloo

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La mastication chez le chien: le guide complet (chiots, adultes, seniors, races, dureté…)

La mastication répond à un besoin fondamental du chien. Apprenez à choisir la bonne texture et la bonne dureté selon son âge et sa façon de mâcher.

Par Laura De Keersmaecker

19 août 2026

La mastication chez le chien : le guide complet (chiots, adultes, seniors, races, dureté…)

Dans cet article, on fait le tour complet du sujet : pourquoi mâcher est essentiel, comment adapter la mastication selon l’âge et la race, et comment choisir la bonne dureté sans prendre de risque.

Votre chien s’attaque aux pieds de chaise, à vos chaussures ou dévore ses jouets en un temps record ? Ce n’est pas systématiquement un problème de comportement : c’est souvent, tout simplement, un besoin naturel et fondamental, présent chez tous les chiens, quel que soit leur âge ou leur race, qui cherche à s’exprimer.

En tant que comportementaliste canin, c’est l’un des besoins les plus sous-estimés que je rencontre chez les propriétaires. Pourtant, y répondre correctement, avec la bonne friandise, au bon moment, à la bonne dureté, change beaucoup de choses pour l’équilibre du chien et pour la tranquillité de la maison.

1. Pourquoi la mastication est un besoin, pas un caprice

Le chien est un prédateur carnivore. Dans la nature, il chasse, attrape et mâche les os de ses proies : ce comportement est inscrit dans ses gènes depuis des millénaires. Même confortablement installé sur son coussin, avec une gamelle de croquettes tous les jours, ce besoin de mâcher reste bien présent chez lui.

Concrètement, mâcher régulièrement apporte au chien :

  • Une occupation de qualité. Un chien adulte dort en moyenne 16 heures par jour. Sur les 8 heures restantes, la mastication est l’une des activités les plus simples à mettre en place pour combler ce quota d’éveil. Mais attention, cela ne veut pas dire qu’il faut viser 8 heures de mastication en soi. C’est surtout que, entre ouvrir un sachet de friandise à mâcher et partir courir avec son chien, la dépense d’énergie du côté du maître n’est pas du tout la même. La mastication reste un excellent complément facile à intégrer au quotidien mais elle ne remplace pas les autres formes d’activité et de dépense physique.
  • Une dépense physique ET mentale. Mâcher un os ou une friandise résistante demande un vrai travail : tenir la pièce, la positionner, trouver comment l’attaquer. C’est une stimulation cognitive réelle, pas juste une occupation passive.
  • Des dents plus saines, grâce au nettoyage mécanique et à la limitation du tartre.
  • Des apports nutritifs, selon la friandise choisie (phosphore, calcium…).
  • Un moment de plaisir et de lien entre vous et votre chien.

Je le vois très concrètement sur le terrain. Un jour où je songeais à tout arrêter, un client a insisté pour que je continue : il avait constaté que ses chiens étaient bien plus calmes et détendus depuis qu’ils mâchaient régulièrement, et m’a dit que sans ça, « ce serait le carnage à la maison ». Un autre avait testé de la peau de chameau un peu par hasard, sans trop y croire au départ. Au rendez-vous suivant, ce produit était en rupture de stock et il était sincèrement déçu. Il avait enfin trouvé la paix à la maison, avec un chien plus dépensé et plus calme. Quand je lui ai demandé si je devais absolument faire en sorte d’en ravoir en stock pour la prochaine fois, il m’a répondu par un grand « oui ! » plein d’enthousiasme.

2. La mastication selon l’âge du chien

Le chiot : tout se joue avant et après 7 mois

Le repère à retenir, c’est l’âge d’apparition des crocs définitifs : vers 7 mois. Avant cet âge, les dents de lait peuvent être fragiles et un chiot qui a mal en mâchant va souvent tout simplement arrêter d’essayer, ce que beaucoup de propriétaires interprètent à tort comme « il n’aime pas ça », alors qu’en réalité, mâcher lui fait mal.

La progression pour un chiot qui démarre la mastication dès le départ :

  • Avant 7 mois : uniquement des friandises friables ou molles comme le poumon de bœuf, l’intestin de buffle, le foie de cerf, les sprats ou encore les oreilles de lapin.
  • À partir de 7 mois : on peut commencer à augmenter la difficulté, mais toujours crescendo, palier par palier, jamais directement vers le plus résistant. On démarre par des textures intermédiaires (trachée d’agneau, peau d’agneau, oreilles de cochon, peau de bœuf), et ce n’est qu’une fois qu’un palier est bien maîtrisé qu’on passe au suivant, vers des textures plus résistantes (oreille de bœuf, peau de bœuf en plaque, peau de chameau, peau de sanglier, tendon d’Achille, omoplate de porc, museau de bœuf). Cette progression peut prendre du temps et c’est normal : un museau de bœuf n’est en aucun cas une friandise à donner d’emblée à 7 mois.

Si un chiot arrive à 7 mois sans avoir jamais mastiqué, il suit la même progression, mais il pourra généralement monter les paliers plus rapidement dès qu’on constate qu’il mastique correctement, un peu comme pour un chien adulte débutant (voir plus bas).

Si un propriétaire a déjà testé plus dur avant 7 mois (cela arrive : beaucoup ne connaissent pas cette règle) et que « ça passe » (par exemple une oreille de cochon avalée sans souci) l’usage n’est pas de revenir en arrière mais de ne pas non plus proposer plus dur pour l’instant. Des équivalences existent : tendon de bœuf, trachée de bœuf, lèvre de bœuf.

Le chien adulte

Il n’est jamais trop tard pour introduire la mastication chez un chien adulte mais il devra apprendre à mastiquer correctement, donc on reprend le même principe qu’avec un chiot : mou et friable au départ. La différence, c’est la vitesse : un adulte peut progresser beaucoup plus vite vers des textures dures puisque ses crocs sont déjà formés et solides. Le vrai enjeu à cet âge n’est donc plus la dentition, mais la façon de mastiquer, s’assurer qu’il ne gobe pas ou n’engloutit pas tout d’un coup. Pour un chiot, il faut surveiller les deux à la fois : les crocs ET la façon de mastiquer.

Le chien senior

Chez le chien senior, les crocs sont définitifs, mais ils ont vécu : ils peuvent être usés, cassés, abîmés, et la gencive peut être devenue sensible. On adapte alors la dureté à ce que le chien supporte réellement sans systématiquement repasser à du mou. Si un senior tolère encore bien ses croquettes, revenir à quelque chose d’un peu moins dur suffit généralement. Ce n’est que s’il ne supporte plus vraiment rien de ferme qu’on bascule vers du mou ou friable.

Le signal à observer : si un chien senior commence à refuser des mastications qu’il appréciait auparavant, c’est souvent le signe qu’il a mal. C’est ce signal, plus que l’âge en lui-même, qui doit guider l’ajustement de la dureté.

3. La mastication selon la race et le gabarit : attention aux idées reçues

C’est un sujet plus complexe qu’il n’y paraît car se fier uniquement au gabarit d’un chien est souvent trompeur.

Certaines petites races sont en réalité de « grands chiens cachés dans un petit corps ». C’est le cas typique du teckel ou du jack russell qui ont un besoin de mastication bien plus important que ne le laisserait penser leur taille. À l’inverse, un chien peut ne jamais avoir appris à bien mâcher, quel que soit son gabarit : un rottweiler à la force de mors largement suffisante peut très bien mettre des heures à venir à bout d’une mastication qui devrait être « basique » pour lui, simplement parce qu’il n’a jamais appris à s’y prendre. Pour ce type de chien, donner d’emblée une friandise très dure fait courir un vrai risque de fracture dentaire.

Concernant les brachycéphales (bouledogue français, carlin, boxer…), on lit souvent qu’il leur faut des croquettes plus larges. On pourrait en déduire qu’il faut aussi des friandises de mastication plus larges. Dans les faits, ce n’est pas si tranché : certains bouledogues français mastiquent très bien de petites pièces comme des ailes de poulet. La recommandation générale reste donc la même que pour tout chien : tester d’abord comme pour un chiot (intestin de buffle ou trachée d’agneau si le chien est plus âgé), puis augmenter progressivement. Ce qui reste vrai en revanche, c’est que le gabarit joue sur la capacité physique : un carlin aura logiquement plus de mal qu’un boxer à venir à bout d’un museau de bœuf, une question de taille, pas de « type » de race.

En résumé : se fier uniquement au gabarit d’un chien qui n’a encore rien testé peut être trompeur. C’est en testant (en reprenant la progression « chiot » s’il a moins de 7 mois, ou « adulte débutant » s’il a plus de 7 mois et n’a jamais mastiqué) que l’on découvre si son gabarit est réellement représentatif de ses besoins ou si c’est un leurre comme c’est souvent le cas chez le teckel ou le jack russell.

4. Comment choisir la bonne dureté (et éviter les erreurs qui coûtent cher)

C’est le point le plus important et le plus souvent négligé. Une mâchoire puissante ne signifie pas automatiquement qu’une friandise très résistante est adaptée. Ce qui compte avant tout, c’est la façon de mâcher de votre chien.

La règle : toujours commencer simple. Que votre chien soit chiot ou adulte débutant en mastication, on commence par des friandises petites ou friables, faciles à mâcher. C’est ce qui permet d’apprendre le bon geste. Un chien qui gobe sans mâcher ne tire aucun bénéfice de la friandise et cela peut même représenter un risque d’étouffement.

Augmenter la difficulté progressivement. Une fois que le chien a compris comment s’y prendre, on peut proposer des textures plus résistantes. Dans l’idéal, il continue à prendre son temps pour bien mâcher. Ce n’est pas toujours parfait et ce n’est pas grave en soi tant que la friandise reste adaptée. J’aime faire des comparaisons avec l’humain. On devrait mâcher son riz, mais quand on a très faim, on l’avale plus vite sans vraiment y penser. Ce n’est pas idéal mais ça passe.

Comment évaluer la bonne dureté pour son chien : Il n’existe pas de test universel à proprement parler. L’évaluation part surtout de ce que le chien connaît déjà :

  • S’il a déjà mastiqué quelque chose (les deux classiques sont souvent l’oreille de cochon et le sabot de veau), il est utile de se demander comment ça s’est passé. Combien de temps a-t-il pris pour arriver au bout ? Aimeriez-vous que cela dure plus longtemps ? L’a-t-il avalé trop vite ? Ces réponses orientent vers quelque chose de plus résistant, de moins résistant, ou de plus volumineux.
  • S’il n’a jamais rien mastiqué, son alimentation habituelle donne une bonne indication. Un chien nourri aux croquettes supporte généralement déjà des textures assez fermes. Un chien nourri en pâtée aura besoin de démarrer sur quelque chose de plus friable/mou, type oreille de lapin.
  • La façon de manger ses croquettes donne aussi une indication précieuse sur sa façon de mastiquer : s’il les gobe, il vaut mieux privilégier de grosses pièces qu’il sera obligé de travailler, plutôt que de petites friandises. Autre option : une texture friable, qui tombe en miettes dès la première morsure (poumon de bœuf, foie de cerf). Même s’il gobe, il gobera des miettes, pas de gros morceaux.

Attention : « grande pièce » ne veut pas dire automatiquement « sécurisée » pour un chien qui gobe. Une pièce longiligne et molle, comme une oreille de lapin, peut malgré sa taille être avalée d’un coup. Le chien perçoit « c’est mou, c’est droit, ça passe ». Pour un chien qui a tendance à gober, mieux vaut se tourner vers des friandises grandes, voire très grandes, et dures mais en évitant celles qui peuvent se casser en gros morceaux durs. Une peau de sanglier ou un museau entier de bœuf, par exemple, se décomposent progressivement : la couche supérieure se ramollit petit à petit, ce qui laisse au chien le temps de la travailler morceau par morceau. C’est un peu comme une boule de glace dans un cornet : on peut mordre dedans directement mais l’expérience est plus agréable en attendant qu’elle ramollisse un peu pour la lécher.

De façon générale, si vous craignez que votre chien gobe, privilégiez de grandes pièces résistantes plutôt que de petites friandises ou des pièces molles et longilignes : votre chien se rend alors compte qu’il doit mâcher pour ne pas s’étouffer, ce qui l’aide à apprendre à prendre son temps.

Autres critères à prendre en compte : l’âge, la taille, les éventuelles sensibilités ou allergies alimentaires. Il n’y a pas de réponse universelle — chaque chien est différent.

5. Les règles de sécurité à connaître

  • Tenez compte des allergies ou intolérances alimentaires connues de votre chien dans le choix de la friandise. Cela va sans dire mais mieux vaut le rappeler.
  • Donnez toujours la friandise en votre présence, surtout la première fois, pour être certain(e) que votre chien s’en sort bien. Ce n’est que lorsqu’il a démontré à de nombreuses reprises qu’il gère bien sa mastication que l’on peut envisager de le laisser mâcher seul. Même dans ce cas, gardez en tête que le risque zéro n’existe pas : pour les moments où votre chien reste sans surveillance, les jouets d’occupation restent une alternative plus sûre qu’une friandise à mâcher.
  • Ne retirez jamais une friandise à votre chien en pleine mastication. Imaginez qu’on vous retire votre assiette en plein repas… C’est exactement ce que ressent votre chien : un manque de respect qui peut générer de l’anxiété ou des comportements de protection de ressources. Si vous devez absolument récupérer la friandise, attendez que votre chien soit dans une autre pièce et ne vous voie pas faire. Exception évidente : en cas d’étouffement ou de danger réel, on intervient immédiatement, sans hésiter.
  • Un chien qui cache ou emporte sa friandise ailleurs n’est pas en train de « ne pas aimer ». C’est souvent l’inverse : soit la friandise est précieuse et il préfère la déguster tranquille, soit il la garde pour plus tard. C’est un comportement instinctif, pas un rejet.
  • Un chien qui gobe peut le faire pour plusieurs raisons différentes : parce qu’il adore ça et veut le finir à tout prix, parce qu’il craint qu’on la lui reprenne, ou parce qu’un autre chien du foyer risque de la lui voler. Comprendre pourquoi aide à ajuster la bonne réponse (grande pièce résistante, environnement calme, etc.).
  • Restez attentif en toute fin de mastication. Quel que soit le type de friandise, c’est souvent quand il ne reste qu’un petit morceau que le risque augmente : plus facile à avaler d’un coup, plus facile à gober sans prendre le temps de mastiquer. Un œil sur cette dernière étape reste une bonne habitude, pour n’importe quelle friandise à mâcher.
  • Surveillez les premiers essais. Des troubles digestifs en début d’introduction sont souvent une simple question d’habitude. Mais s’ils persistent, pensez à vérifier une intolérance ou une allergie à l’ingrédient.
  • Adaptez toujours au profil réel du chien, pas à sa taille ou à sa race seule.

En résumé

La mastication n’est pas un luxe : c’est un besoin fondamental, ancré dans l’ADN du chien, qui évolue avec l’âge et qui doit être adapté à la façon de mâcher de chaque individu, bien plus qu’à sa taille ou à sa race. Bien menée (progressive, adaptée, sécurisée), elle devient un formidable outil de bien-être physique et mental et un vrai soutien au quotidien pour les propriétaires.

Un doute sur la friandise ou le format adapté à votre chien ? Laura, comportementaliste canin et fondatrice de Cyno’Lau, propose un questionnaire gratuit pour identifier la friandise idéale selon le profil de votre chien, ainsi qu’une gamme de friandises naturelles sélectionnées selon ces critères.

Maureen Louys

Éducatrice et comportementaliste canin à Waterloo, j'accompagne les familles chez elles, du premier chiot aux situations plus complexes.